Une assemblée générale au temps des tournures

Publié le 26 Octobre 2010

Fin janvier prochain, Le Ministère des Modes tiendra pour la deuxième année consécutive,  son assemblée générale et, comme l'on ne saurait y figurer en tenue de ville contemporaine, le thème retenu pour 2011, comme une réponse à l'encombrement des robes à paniers et autres crinolines,  sera l'époque des tournures  de 1870 à 1890.

 

D'abord hésitante à réaliser   un tel costume qui relève d'un véritable challenge pour moi,  je me suis enfin décidée à me lancer dans l'aventure d'une première toilette à la mode de Paris,  motivée en cela par l'illustration d'un jupon  de 1882 trouvé dans  Victorian Fashions & Costumes from Harper's Bazar - 1867-1898 et de là à m'écrier : "mais oui bien sûr ! "  et de filer direction l'armoire pour retrouver soigneusement plié et rangé,  un jupon tout à fait comparable dans sa forme,  dont j'avais hérité quelques années plus tôt, sauvé in  extrémis par ma maman d'un lot de vieux linge voué à une fin déplorable  dans une poubelle  à la suite d'une succession. Puisque je possédais ainsi toute la lingerie avec chemise, corset, cache-corset, bas et culotte,  pourquoi ne pas tenter les dessus ?

 

Il ne me restait plus qu'à rechercher un modèle. C'est dans ce même livre que je le trouvais, une toilette simple de promenade ou de visite confectionnée dans un cheviotte, un sergé   obtenu à partir de la laine produite par les moutons cheviot  dans les montagnes écossaises,   l'un à carreaux pour la jupe l'autre uni pour le corsage de jour que l'on nomme une jaquette. Je n'ai jamais vu de cheviotte mais dans la mesure où il est dit que le modèle était destiné  aux débuts du printemps et de l'été, il doit s'agir d'un lainage assez fin,  facile à draper. Ce n'était sûrement pas un gros drap de laine !  Pour ma part, j'adapterais mon futur costume pour convenir à la saison  à venir,  d'autant plus que je possède déjà des  coupons,   dans l'esprit du modèle original  certes, mais dans coloris différents et certainement plus épais,  achetés il y presque 3 ans  pour réaliser une tenue d'arlésienne d'hiver  d'époque 1900,  mais qu'une suite de circonstances  m'avaient fait y renoncer. Et  voilà comment on réaffecte à une autre projet des métrages  sans avoir bourse à délier. Je ne vous dis pas ma joie. J'espère  seulement qu'avec les 4,50 m  du tissu à carreaux, je pourrais sortir la jupe et la surjupe drapée.

 

 Voici donc le modèle retenu :

 

                              Modèle de 1883

 

Et les tissus ( sans la guipure ! ) avec au centre les éléments pour un couvre-chef dont je vous parlerais plus bas.

 

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Maintenant, il me fallait me mettre en quête d'une  tournure  en adéquation avec  le jupon et  l'époque de mon modèle en 1883.  Mon choix s'est porté sur  une tournure dans l'esprit de celle à droite,  sur la photo ci-dessous,  toujours dans  le même livre. Elle date de 1881.  Ici, il faut considérer également que les femmes adaptaient leurs tournures à leurs robes et à leurs activités du moment.  Pour une toilette de visite ou de promenade, les modèles courts étaient appréciés, les longs réservés aux robes de bal de préférence sous forme de jupon-tournure.

 

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Dans Fashion  des Collections du Kyoto Costume Institute aux éditions Tashen, on peut  voir  à la page 284, une tournure du même genre confectionnée dans un tissu blanc à rayures rouges.  Ce  style est   dit en queue d'écrevisse parce que baleinée  de telle sorte à reproduire la carapace annelée des ces crustacés. Apparues vers 1874, elles possédaient  dans la partie interne deux panneaux laçés qui permettaient, tout en maintenant  la tournure plaquée sur les reins,  en resserant et en desserant,  d'accentuer plus ou moins le volume.

 

 

          http://i755.photobucket.com/albums/xx193/Estello04/Projet%20%20AG%202011/Evolutiondestournuresde18721887-Copie4-1.jpg

 

Les tournures des années 1880 n'ont plus rien à envier  depuis longtemps aux crinolettes du début des années 1870 qui avaient encore pour certaines, forme de cage-crinoline avec quelques cerceaux seulement à l'ourlet.   En  20 ans  les tournures auront adoptés toutes les formes et bien des matériaux.   Sans vraiment disparaitre totalement, elles se sont éclipsées momentanément entre 1876 et 1882 où la mode était plutôt aux formes naturelles avec des corsages  très ajustés tels  des cuirasses moulant les hanches et les ventres et avec des jupes  si serrées qu'elles condamnaient les femmes à marcher à petits pas trainant derière elles les fameuses balayeuses.  A partir de 1880,  les tournures réapparaissent timidement d'abord pour   reprendre   allègrement leurs droits  vers 1883,  jusqu'à donner à la taille une ligne presque à l'horizontale. Il n'était pas rare pour accentuer le volume  d'ajouter par dessus des échafaudages de crin ou de gaze raidie.  A partir de 1885, c'est l'ère des strapontins, tournures pliables à demi cerceaux articulés. 

 

 

Désormais, il ne me manquait plus que  des illustrations plus détaillées pour ce qui était de la coupe  même du corsage de jour. Dans Metropolitan Fashions of the 1880s - From the 1885 Buterrick Catalog, quelle ne fût pas ma surprise  de découvrir ceci, où l'on distingue très nettement l'emplacement des pinces et  des coutures.

 

                                   http://i755.photobucket.com/albums/xx193/Estello04/Projet%20%20AG%202011/P1010870-Copie-1.jpg

 

                                     http://i755.photobucket.com/albums/xx193/Estello04/Projet%20%20AG%202011/P1010871-Copie2-1.jpg

Et sur The Fashionable Past,  Katherine's dress site, le très beau site d'une costumière américaine,  ce n'a pas été moins qu'un  corsage authentique, photographié sous toutes des coutures jusqu'à l'envers, ainsi que son patronnage.  Je n'utiliserais pas le patron tel quel, Katherine étant  une personne  d'apparence menue.   A devoir faire une gradation, je préfère encore le moulage d'une toile directement sur mannequin à mes mesures.  Ce qui est intéressant sur le patron de Katherine, ce sont  les tassettes qui sont rapportées alors que sur mon modèle de prédilection, elles sont  coupées à mêmes. Quand aux finitions, il se trouve qu'elles pouvaient etre bordées d'un passepoil  ( vu  à la page  258 du Fashion). Je n'ai pas encore décidé de ce que je ferais, il me faudra faire des essais.

 

A rechercher des exemples de cette forme de jaquette, il m'est apparu que c'était là  un modèle très couru. Avec ses tassettes venues des armures du Moyen-Age que l'on retrouve sur les pourpoints des gentilhommes de la Renaissance et du XVIIeme siècle, comme sur les corps à baleines du XVIIIe, elle est effectivement très représentative de l'éclectisme  qui règne  tout au long du XIXe siècle. Présent surtout dans l'architecture,  la mode  en est  touchée tout autant. Après le style troubadour ou néo-gothique, le néo-Renaissance,  la fin du XIXe se découvre un goût pour tout ce qui vient du XVIIe ou XVIIIe siècle. On va jusqu'à retrouver des robes à la Polonaise et des robes  avec des  dos à plis Watteau

 

Aussi, dans cette atmosphère, les tartans écossais retrouvent-ils une place de choix après avoir été à la mode  à l'époque du romantisme sous l'influence des romans de Walter Scoot.  Ils font désormais la belle vie aux tenues dédiées au tourisme. Les carreaux fleurisssent ainsi sur de nombreuses  toilettes de promenade, de sortie, de visite (walking costume, ladies street costumes, visiting costumes ) comme dans les vêtements d'enfants et des manteaux pour l'hiver.  Outre les aspects pratiques  de ces tissus peu salissants,  ne faut il pas y voir également dans leur utilisation comme un caractère décontracté ? Au niveau des couvre-chefs,  le béret  des écossais en est une confirmation,  trouvé principalement porté par les enfants et chez les adultes en tenue de voyage.  Je l'ai choisi de préférence à une capote pour sa  relation avec l'esprit de la jaquette et de la toilette de visite,   et  pour sa simplicité d'éxécution .

 

                    http://i755.photobucket.com/albums/xx193/Estello04/Projet%20%20AG%202011/P1010873-1.jpg

 

Avec un mantelet,  un manchon de fourrure et un réticule,  j'ose penser que mon prochain costume ne manquera pas d'élégance.   Je verrais   ce qu'il en sera au moment de  sa création et de l'assemblage des différents éléments.

 

Au final, il n'aura peut-être rien de ce que j'avais imaginé !

 

Suite au prochain épisode !

Rédigé par L'atelier de Phine

Publié dans #Mode parisienne

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femmes en 1900 05/11/2010 08:46



 c'est un beau projet ,je vais suivre la réalisation


le hasard fait que j'ai programmé une jaquette de cette époque


 j'ai  quelques  patrons de la mode illustrée de ces années ,je n'ai pas fait l'inventaire des tenues mais si je peux te rendre service c'est avec plaisir


bonne journée



Valérie Jean 05/11/2010 14:17



Merci de nous régaler de toutes ces illustrations sur ton blog.


A bientôt !



garibondy 04/11/2010 10:49



Quel courage de se lancer dans un tel projet ! J'ai hâte de voir le résultat porté...


A propos de vêtements XIXe, un site italien d'une collectionneuse que je ne me lasse pas de visiter pour me donner quelques inspirations : http://www.abitiantichi.it/


et aller dans la rubrique "Collezione"... un régal pour les yeux !


Autre source documentaire que je consulte régulièrement pour ses gravures de mode d'époque : http://femmes-en-1900.over-blog.com/


Les périodes couvertes sont larges (début XIXe au milieu XXe), il faut faire le tri mais le site est fourni quotidiennement en nouvelles gravures.


Amitiés,


Cécile-Garibondy.



Valérie Jean 04/11/2010 13:09



Merci Cécile-Garibondy pour les deux liens.  C'est vrai que l'on en prend plein les mirettes.  Le premier surtout


Amitiés



La Malle aux Trésors 03/11/2010 14:57



Bonjour chère Valérie,


Les articles ne sont pas très fréquents, mais lorsque tu en sors un, on peut dire que c'est un chef d'oeuvre. Quel travail ! mais je sais que c'est ton
domaine. Tu vas t'éclater. Je languis de te voir portant cette ravissante tenue. Dommage que tu sois si loin. Je t'aurais embauchée pour ma messe de Noël. Le temps est revenu pour moi
de préparer la crèche vivante, et je ne sais pas encore combien je vais avoir d'enfants !!! Mais ne stressons pas... A très bientôt. Joêlle