Fin janvier prochain, Le Ministère des Modes tiendra pour la deuxième année consécutive, son assemblée générale et, comme l'on ne saurait y figurer en tenue de ville contemporaine, le thème retenu pour 2011, comme une réponse à l'encombrement des robes à paniers et autres crinolines, sera l'époque des tournures de 1870 à 1890.
D'abord hésitante à réaliser un tel costume qui relève d'un véritable challenge pour moi, je me suis enfin décidée à me lancer dans l'aventure d'une première toilette à la mode de Paris, motivée en cela par l'illustration d'un jupon de 1882 trouvé dans Victorian Fashions & Costumes from Harper's Bazar - 1867-1898 et de là à m'écrier : "mais oui bien sûr ! " et de filer direction l'armoire pour retrouver soigneusement plié et rangé, un jupon tout à fait comparable dans sa forme, dont j'avais hérité quelques années plus tôt, sauvé in extrémis par ma maman d'un lot de vieux linge voué à une fin déplorable dans une poubelle à la suite d'une succession. Puisque je possédais ainsi toute la lingerie avec chemise, corset, cache-corset, bas et culotte, pourquoi ne pas tenter les dessus ?
Il ne me restait plus qu'à rechercher un modèle. C'est dans ce même livre que je le trouvais, une toilette simple de promenade ou de visite confectionnée dans un cheviotte, un sergé obtenu à partir de la laine produite par les moutons cheviot dans les montagnes écossaises, l'un à carreaux pour la jupe l'autre uni pour le corsage de jour que l'on nomme une jaquette. Je n'ai jamais vu de cheviotte mais dans la mesure où il est dit que le modèle était destiné aux débuts du printemps et de l'été, il doit s'agir d'un lainage assez fin, facile à draper. Ce n'était sûrement pas un gros drap de laine ! Pour ma part, j'adapterais mon futur costume pour convenir à la saison à venir, d'autant plus que je possède déjà des coupons, dans l'esprit du modèle original certes, mais dans coloris différents et certainement plus épais, achetés il y presque 3 ans pour réaliser une tenue d'arlésienne d'hiver d'époque 1900, mais qu'une suite de circonstances m'avaient fait y renoncer. Et voilà comment on réaffecte à une autre projet des métrages sans avoir bourse à délier. Je ne vous dis pas ma joie. J'espère seulement qu'avec les 4,50 m du tissu à carreaux, je pourrais sortir la jupe et la surjupe drapée.
Voici donc le modèle retenu :
Et les tissus ( sans la guipure ! ) avec au centre les éléments pour un couvre-chef dont je vous parlerais plus bas.
Maintenant, il me fallait me mettre en quête d'une tournure en adéquation avec le jupon et l'époque de mon modèle en 1883. Mon choix s'est porté sur une tournure dans l'esprit de celle à droite, sur la photo ci-dessous, toujours dans le même livre. Elle date de 1881. Ici, il faut considérer également que les femmes adaptaient leurs tournures à leurs robes et à leurs activités du moment. Pour une toilette de visite ou de promenade, les modèles courts étaient appréciés, les longs réservés aux robes de bal de préférence sous forme de jupon-tournure.
Dans Fashion des Collections du Kyoto Costume Institute aux éditions Tashen, on peut voir à la page 284, une tournure du même genre confectionnée dans un tissu blanc à rayures rouges. Ce style est dit en queue d'écrevisse parce que baleinée de telle sorte à reproduire la carapace annelée des ces crustacés. Apparues vers 1874, elles possédaient dans la partie interne deux panneaux laçés qui permettaient, tout en maintenant la tournure plaquée sur les reins, en resserant et en desserant, d'accentuer plus ou moins le volume.
Les tournures des années 1880 n'ont plus rien à envier depuis longtemps aux crinolettes du début des années 1870 qui avaient encore pour certaines, forme de cage-crinoline avec quelques cerceaux seulement à l'ourlet. En 20 ans les tournures auront adoptés toutes les formes et bien des matériaux. Sans vraiment disparaitre totalement, elles se sont éclipsées momentanément entre 1876 et 1882 où la mode était plutôt aux formes naturelles avec des corsages très ajustés tels des cuirasses moulant les hanches et les ventres et avec des jupes si serrées qu'elles condamnaient les femmes à marcher à petits pas trainant derière elles les fameuses balayeuses. A partir de 1880, les tournures réapparaissent timidement d'abord pour reprendre allègrement leurs droits vers 1883, jusqu'à donner à la taille une ligne presque à l'horizontale. Il n'était pas rare pour accentuer le volume d'ajouter par dessus des échafaudages de crin ou de gaze raidie. A partir de 1885, c'est l'ère des strapontins, tournures pliables à demi cerceaux articulés.
Désormais, il ne me manquait plus que des illustrations plus détaillées pour ce qui était de la coupe même du corsage de jour. Dans Metropolitan Fashions of the 1880s - From the 1885 Buterrick Catalog, quelle ne fût pas ma surprise de découvrir ceci, où l'on distingue très nettement l'emplacement des pinces et des coutures.
Et sur The Fashionable Past, Katherine's dress site, le très beau site d'une costumière américaine, ce n'a pas été moins qu'un corsage authentique, photographié sous toutes des coutures jusqu'à l'envers, ainsi que son patronnage. Je n'utiliserais pas le patron tel quel, Katherine étant une personne d'apparence menue. A devoir faire une gradation, je préfère encore le moulage d'une toile directement sur mannequin à mes mesures. Ce qui est intéressant sur le patron de Katherine, ce sont les tassettes qui sont rapportées alors que sur mon modèle de prédilection, elles sont coupées à mêmes. Quand aux finitions, il se trouve qu'elles pouvaient etre bordées d'un passepoil ( vu à la page 258 du Fashion). Je n'ai pas encore décidé de ce que je ferais, il me faudra faire des essais.
Une jaquette à tassettes et à brandebourgs, sur le site de
Lara Corset
A rechercher des exemples de cette forme de jaquette, il m'est apparu que c'était là un modèle très couru. Avec ses tassettes venues des armures du Moyen-Age que l'on retrouve sur les pourpoints des gentilhommes de la Renaissance et du XVIIeme siècle, comme sur les corps à baleines du XVIIIe, elle est effectivement très représentative de l'éclectisme qui règne tout au long du XIXe siècle. Présent surtout dans l'architecture, la mode en est touchée tout autant. Après le style troubadour ou néo-gothique, le néo-Renaissance, la fin du XIXe se découvre un goût pour tout ce qui vient du XVIIe ou XVIIIe siècle. On va jusqu'à retrouver des robes à la Polonaise et des robes avec des dos à plis Watteau !
Aussi, dans cette atmosphère, les tartans écossais retrouvent-ils une place de choix après
avoir été à la mode à l'époque du romantisme sous l'influence des romans de Walter Scoot. Ils font désormais la belle vie aux tenues dédiées au tourisme. Les carreaux
fleurisssent ainsi sur de nombreuses toilettes de promenade, de sortie, de visite (walking costume, ladies street costumes, visiting costumes ) comme dans les vêtements d'enfants et des
manteaux pour l'hiver. Outre les aspects pratiques de ces tissus peu salissants, ne faut il pas y voir également dans leur utilisation comme un caractère décontracté ? Au niveau
des couvre-chefs, le béret des écossais en est une confirmation, trouvé principalement porté par les enfants et chez les adultes en tenue de voyage. Je l'ai choisi de
préférence à une capote pour sa relation avec l'esprit de la jaquette et de
la toilette de visite, et pour sa simplicité d'éxécution
.
Avec un mantelet, un manchon de fourrure et un réticule, j'ose penser que mon prochain costume ne manquera pas d'élégance. Je verrais ce qu'il en sera au moment de sa création et de l'assemblage des différents éléments.
Au final, il n'aura peut-être rien de ce que j'avais imaginé !
Suite au prochain épisode !
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Justaucorps de bourgeois au centre en 1720 (d'après Leloir)















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