Publié le 26 Octobre 2010

Fin janvier prochain, Le Ministère des Modes tiendra pour la deuxième année consécutive,  son assemblée générale et, comme l'on ne saurait y figurer en tenue de ville contemporaine, le thème retenu pour 2011, comme une réponse à l'encombrement des robes à paniers et autres crinolines,  sera l'époque des tournures  de 1870 à 1890.

 

D'abord hésitante à réaliser   un tel costume qui relève d'un véritable challenge pour moi,  je me suis enfin décidée à me lancer dans l'aventure d'une première toilette à la mode de Paris,  motivée en cela par l'illustration d'un jupon  de 1882 trouvé dans  Victorian Fashions & Costumes from Harper's Bazar - 1867-1898 et de là à m'écrier : "mais oui bien sûr ! "  et de filer direction l'armoire pour retrouver soigneusement plié et rangé,  un jupon tout à fait comparable dans sa forme,  dont j'avais hérité quelques années plus tôt, sauvé in  extrémis par ma maman d'un lot de vieux linge voué à une fin déplorable  dans une poubelle  à la suite d'une succession. Puisque je possédais ainsi toute la lingerie avec chemise, corset, cache-corset, bas et culotte,  pourquoi ne pas tenter les dessus ?

 

Il ne me restait plus qu'à rechercher un modèle. C'est dans ce même livre que je le trouvais, une toilette simple de promenade ou de visite confectionnée dans un cheviotte, un sergé   obtenu à partir de la laine produite par les moutons cheviot  dans les montagnes écossaises,   l'un à carreaux pour la jupe l'autre uni pour le corsage de jour que l'on nomme une jaquette. Je n'ai jamais vu de cheviotte mais dans la mesure où il est dit que le modèle était destiné  aux débuts du printemps et de l'été, il doit s'agir d'un lainage assez fin,  facile à draper. Ce n'était sûrement pas un gros drap de laine !  Pour ma part, j'adapterais mon futur costume pour convenir à la saison  à venir,  d'autant plus que je possède déjà des  coupons,   dans l'esprit du modèle original  certes, mais dans coloris différents et certainement plus épais,  achetés il y presque 3 ans  pour réaliser une tenue d'arlésienne d'hiver  d'époque 1900,  mais qu'une suite de circonstances  m'avaient fait y renoncer. Et  voilà comment on réaffecte à une autre projet des métrages  sans avoir bourse à délier. Je ne vous dis pas ma joie. J'espère  seulement qu'avec les 4,50 m  du tissu à carreaux, je pourrais sortir la jupe et la surjupe drapée.

 

 Voici donc le modèle retenu :

 

                              Modèle de 1883

 

Et les tissus ( sans la guipure ! ) avec au centre les éléments pour un couvre-chef dont je vous parlerais plus bas.

 

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Maintenant, il me fallait me mettre en quête d'une  tournure  en adéquation avec  le jupon et  l'époque de mon modèle en 1883.  Mon choix s'est porté sur  une tournure dans l'esprit de celle à droite,  sur la photo ci-dessous,  toujours dans  le même livre. Elle date de 1881.  Ici, il faut considérer également que les femmes adaptaient leurs tournures à leurs robes et à leurs activités du moment.  Pour une toilette de visite ou de promenade, les modèles courts étaient appréciés, les longs réservés aux robes de bal de préférence sous forme de jupon-tournure.

 

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Dans Fashion  des Collections du Kyoto Costume Institute aux éditions Tashen, on peut  voir  à la page 284, une tournure du même genre confectionnée dans un tissu blanc à rayures rouges.  Ce  style est   dit en queue d'écrevisse parce que baleinée  de telle sorte à reproduire la carapace annelée des ces crustacés. Apparues vers 1874, elles possédaient  dans la partie interne deux panneaux laçés qui permettaient, tout en maintenant  la tournure plaquée sur les reins,  en resserant et en desserant,  d'accentuer plus ou moins le volume.

 

 

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Les tournures des années 1880 n'ont plus rien à envier  depuis longtemps aux crinolettes du début des années 1870 qui avaient encore pour certaines, forme de cage-crinoline avec quelques cerceaux seulement à l'ourlet.   En  20 ans  les tournures auront adoptés toutes les formes et bien des matériaux.   Sans vraiment disparaitre totalement, elles se sont éclipsées momentanément entre 1876 et 1882 où la mode était plutôt aux formes naturelles avec des corsages  très ajustés tels  des cuirasses moulant les hanches et les ventres et avec des jupes  si serrées qu'elles condamnaient les femmes à marcher à petits pas trainant derière elles les fameuses balayeuses.  A partir de 1880,  les tournures réapparaissent timidement d'abord pour   reprendre   allègrement leurs droits  vers 1883,  jusqu'à donner à la taille une ligne presque à l'horizontale. Il n'était pas rare pour accentuer le volume  d'ajouter par dessus des échafaudages de crin ou de gaze raidie.  A partir de 1885, c'est l'ère des strapontins, tournures pliables à demi cerceaux articulés. 

 

 

Désormais, il ne me manquait plus que  des illustrations plus détaillées pour ce qui était de la coupe  même du corsage de jour. Dans Metropolitan Fashions of the 1880s - From the 1885 Buterrick Catalog, quelle ne fût pas ma surprise  de découvrir ceci, où l'on distingue très nettement l'emplacement des pinces et  des coutures.

 

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Et sur The Fashionable Past,  Katherine's dress site, le très beau site d'une costumière américaine,  ce n'a pas été moins qu'un  corsage authentique, photographié sous toutes des coutures jusqu'à l'envers, ainsi que son patronnage.  Je n'utiliserais pas le patron tel quel, Katherine étant  une personne  d'apparence menue.   A devoir faire une gradation, je préfère encore le moulage d'une toile directement sur mannequin à mes mesures.  Ce qui est intéressant sur le patron de Katherine, ce sont  les tassettes qui sont rapportées alors que sur mon modèle de prédilection, elles sont  coupées à mêmes. Quand aux finitions, il se trouve qu'elles pouvaient etre bordées d'un passepoil  ( vu  à la page  258 du Fashion). Je n'ai pas encore décidé de ce que je ferais, il me faudra faire des essais.

 

A rechercher des exemples de cette forme de jaquette, il m'est apparu que c'était là  un modèle très couru. Avec ses tassettes venues des armures du Moyen-Age que l'on retrouve sur les pourpoints des gentilhommes de la Renaissance et du XVIIeme siècle, comme sur les corps à baleines du XVIIIe, elle est effectivement très représentative de l'éclectisme  qui règne  tout au long du XIXe siècle. Présent surtout dans l'architecture,  la mode  en est  touchée tout autant. Après le style troubadour ou néo-gothique, le néo-Renaissance,  la fin du XIXe se découvre un goût pour tout ce qui vient du XVIIe ou XVIIIe siècle. On va jusqu'à retrouver des robes à la Polonaise et des robes  avec des  dos à plis Watteau

 

Aussi, dans cette atmosphère, les tartans écossais retrouvent-ils une place de choix après avoir été à la mode  à l'époque du romantisme sous l'influence des romans de Walter Scoot.  Ils font désormais la belle vie aux tenues dédiées au tourisme. Les carreaux fleurisssent ainsi sur de nombreuses  toilettes de promenade, de sortie, de visite (walking costume, ladies street costumes, visiting costumes ) comme dans les vêtements d'enfants et des manteaux pour l'hiver.  Outre les aspects pratiques  de ces tissus peu salissants,  ne faut il pas y voir également dans leur utilisation comme un caractère décontracté ? Au niveau des couvre-chefs,  le béret  des écossais en est une confirmation,  trouvé principalement porté par les enfants et chez les adultes en tenue de voyage.  Je l'ai choisi de préférence à une capote pour sa  relation avec l'esprit de la jaquette et de la toilette de visite,   et  pour sa simplicité d'éxécution .

 

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Avec un mantelet,  un manchon de fourrure et un réticule,  j'ose penser que mon prochain costume ne manquera pas d'élégance.   Je verrais   ce qu'il en sera au moment de  sa création et de l'assemblage des différents éléments.

 

Au final, il n'aura peut-être rien de ce que j'avais imaginé !

 

Suite au prochain épisode !

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Rédigé par L'atelier de Phine

Publié dans #Mode parisienne

Publié le 10 Août 2010


Si les coiffes de nos provinces sont les éléments qui permettent d’identifier de prime abord l’origine géographique d’une fille d’Eve, il en est de même avec d’autres  pièces de costumes de nos vestiaires traditionnels.  Ainsi en fut-il en Provence avec le droulet. Mentionné pour la première fois à Arles en 1715, dans un inventaire après décès, il a été porté tout au long du siècle des Lumières jusqu’au début du XIXe, évoluant sous l’influAence des phénomènes de mode. Sous une forme différente, le droulet a été également porté à Marseille.  Pour les besoins d’une sortie avec l’association Le Ministère des Modes, fidèle aux costumes de ma Provence natale, j’ai tenté une reconstitution de ce dernier pour un pique-nique sur le thème du Regency *. Seulement, ne possédant pas de patron et dans l’ignorance où nous sommes de la forme exacte de ce vêtement, aucun exemplaire n’ayant su être transmis à notre connaissance,  si ce n’est par une lithographie ** conservée dans les collections du Musée du Vieux Marseille,  j’ai été amenée à remonter l’histoire du costume  pour tenter d’en comprendre l’origine et la forme. Je vous présente ici, le fruit de ma réflexion.



Le droulet, nom provençal d’autant plus est, est le diminutif de drole qui signifie «garçon ». Le droulet est un petit garçon, dans le sens affectueux,  de ce qui est charmant ou d’après le dictionnaire d’Honnorat, un  garnement malicieux. D’après ces définitions, il semblerait donc que le droulet ne soit qu’une «miniaturisation » d’un vêtement qui se veut d’essence masculine à l’usage des femmes. Cet emprunt à la garde-robe masculine n’est pas un cas isolé.  La naissance de la robe volante ou battante, que Madame de Montespan  se plaisait à revêtir pour cacher ses grossesses,  serait  due à la volonté des femmes de porter les robes de chambre de leurs maris à une période où l’on commence à s’intéresser dans la nonchalance à  un aspect de l’intimité, dans le confort d’une pièce toute nouvelle au XVIIIe siècle,  à l’usage des ces dames, le boudoir.  D’ailleurs,  il n’y a pas à se tromper : la princesse Palatine désapprouvait le négligé de ce manteau de robe considérant, qu’il donnait l’impression d’être prise au saut du lit.   Les Arlésiennes, dans le costume populaire, à défaut d’un manteau de robe volumineux nécessitant l’utilisation  d’un  panier, ont peut-être préféré s’inspirer  d’un vêtement plus simple qui permettait l’aisance des mouvements et de la marche.

Les formes du droulet arlésien suivant ses évolutions avec les caractéristiques qui lui sont propres, c’est à dire, un vêtement à 4 basques flottantes, dégagé  sur le devant,  sans collet, m’ont amenée à considérer qu’il s’agissait peut-être  d’une «miniaturisation » pour ne pas dire une féminisation de l’ancien justaucorps puis de l’habit portés par ces messieurs. D'après Jules Quicherat et son Histoire du costume en France, il semblerait  que le justeaucorps , lui-même dériverait, sous le règne de Louis XIII,  d'un vêtement plus ancien porté aussi bien par les hommes que par les femmes : la hongreline, un vêtement à quatres basques. Sous le règne du Roi-Soleil, cette hongreline n'est  plus guère portée que par la paysannerie.

 

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Hongreline masculine sous Louis XIII

 

 

De la Régence à 1770 :

La forme la plus ancienne du droulet arlésien à larges basques (60 cm  environ ) présentait un aspect juponnant comme le justaucorps  de la Régence  puis de l’habit à la Française sous sa nouvelle dénomination après 1730.  Avec ses fentes, au dos et sur les côtés, il en possédait bien des aspects. Les fentes  cachées dans les plis des côtés, sur le justaucorps  puis sur l’habit s’expliquaient par le fait qu’elles permettaient de laisser passer le fourreau  de l’épée.  Il ne faut pas oublier que la vocation première du justaucorps sous Louis XIV   était  un surtout à l’usage des militaires,  passé ensuite au civil.   La  manière même de replier les longues manches du droulet, comme un effet de revers, pour dénuder les avant-bras,  ne serait-elle  pas en mettre en parallèle   avec les manches courtes du justaucorps dont les parements ouverts en aile ou en oreille puis fermés,  épousait la saignée du bras ? 

 

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  Evolution du justaucorps depuis 1693 à 1710  (d'après Quicherat et Leloir)

Celui de milieu est celui d'un bourgeois, les deux autres ceux de gentilhommes.

Les manches pagodes sont à larges parements.

 

Justaucorps en 1700-1705, Victoria & Albert Museum

 

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Justaucorps de bourgeois au centre en 1720 (d'après Leloir)

Justaucorps de la classe populaire -  Les cris dans les rues de Paris -

Bouchardon - 1737-1742

 

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Patrons du justaucorps à la fin du XVIIe siècle et aux environs de 1730
 

 

Entre 1730 et 1750,  le justaucorps commence à perdre de son ampleur. Sur les patrons, les basques s’inscrivent dans ¼ de cercle alors qu’elles s’inscrivaient dans ½  cercle avant cette période. En 1740, les devants des justaucorps qui descendaient en ligne  droite s'arrondissent  légèremement pour épouser  la forme du torse et biaisèrent jusqu'à la taille.  C’est à ce moment là, que le justaucorps prend le nom d’habit à la Française, porté avec la veste (ancêtre du gilet ) et la culotte,  à l’origine des costumes-3 pièces de nos hommes modernes.

 

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Gentilhomme vers 1740


Entre 1750 et 1770,  l’habit perd encore 1/3  de son étoffe, ses plis des côtés tendent à passer dans le dos dégageant le  gilet sur le devant.  Ceci a pour conséquence, pour conserver la largeur des rabats de poche, la disparition des deux plis qui se trouvaient de par de d’autre de la fente dos.   Les manches s’allongent et deviennent plus étroites avec des parements ne dépassant pas plus d'une quinzaine de centimètres.

 

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Habit vers 1755 (d'après Leloir)

 

Habit en 1755-1765, The Costume Institute

 

Habit en 1765-1770, Victoria & Albert Museum

 

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Le droulet arlésien dans sa forme la plus ancienne autour de 1774-75

Museon Arlaten

 

 

De 1770  à 1782 :

Sous l’influence des modes à l’Anglaise plus pragmatiques,  la silhouette tend à devenir plus filiforme, les volumes passant des côtés dans le dos.  Les plis de l’habit s’aplatissent et basculent sur les reins découvrant  sur le devant, le gilet qui raccourcit  et la culotte.  Les manches sont collantes avec des parements à peine débordants. Un petit col droit vient agrémenter l'encolure.

 

Habit en 1770, Victoria & Albert Museum

 

Habit en 1775-1785, Victoria & Albert Museum

 

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Justaucops et gilet en 1775 -  McCord Museum

 

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Patron de l'habit en 1775

 

Les droulets arlésiens représentés dans les portraits peints par Antoine Raspal,  à la même période,  présentent cette particularité,  de devants  ouverts largement  sur les  corps à baleines  ou les corps souples et les côtés, avec des manches rétrécies dans leur largeur. D’après les mesures relevées sur les exemplaires conservés au Muséon Arlaten, les basques sont réduites à 30 cm de large. 

 

Droulet arlésien 1780-1790, Muséon Arlaten

 

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Arlésienne aux yeux bleus    Arlésienne aux yeux marrons    Arlésienne aux oeillets

 

Vers 1775-1780

Antoine Raspal

Musée Grobet-Labadié

Photo Robert Valette pour Wikipédia

 

 

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Droulet arlésien vers  1780-89 - Museon Arlaten

 

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Profil d'une Arlésienne et d'un gentilhomme vers 1780

Museon Arlaten - Kolher

 

Il est à noter que sous Louis XVI, le frac avec collet rabattu d’une couleur différente est préféré à l’habit porté plus volontiers à la Cour. Le frac lui-même  est un vêtement étriqué avec des pans rejetés en arrière et s’évasant sur le devant.

De 1782 à 1795

Sous l’influence de la mode néoclassique, (les ruines de Pompéi ont été identifiées en 1763),  avec la recherche de la verticalité, l’habit continue à se resserrer.   La carrure déjà étroite se retrouve ainsi encore diminuée. Les devants fuient vers le dos condamnant  pour certains, les poches à  la disparition qui se retrouvent prises  alors dans la doublure de la basque. Les plis complètements plats, autrefois sur les côtés,  se retrouvent ainsi très rapprochés  de la fente du milieu dos, toujours soulignés par la présence de deux boutons.  Les manches extrêmement étroites sont fendues pour laisser passer la main  et sont terminées par un parement dit à la Marinière.

 

 

Habit vers 1780-1790, The costume Institute

 

Habit vers 1790,  The Costume Institute

 

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Patron d'un habit vers 1792 coupé à la manière des Lévites

The cut of the men's clothes - Nora waugh

 

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Evolution de la disposition des dos des habits  tout au long du XVIIIe siècle (d'après Leloir)

 

Dans le costume féminin, la taille remonte jusque sous les omoplates. Le droulet arlésien suit le même chemin. Les basques s’en trouvent réduites à la largeur  d’un ruban de 8 cm de large. C’est cette forme qui sera encore portée au début du XIXe siècle principalement par les Légitimistes.

 

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Droulet arlésien vers 1790-95 - Museon Arlaten

 

Habit  vers 1804-1814, The costume Institute


A Marseille, le droulet présente quant à lui deux basques flottantes ornées de deux boutons à la taille, une manière peut-être de se distinguer ainsi des Arlésiennes auxquelles elles auraient emprunté  la forme du droulet, quand ce ne serait pas  là le recyclage d'un habit masculin  que l'on aurait retaillé, au moment du blocus continental décrété par Napoléon pour contrecarrer le commerce anglais entre 1806 et 1811. Cette période a été particulièrement néfaste pour l'économie  marseillaise et son activité maritime. Sur la lithographie, si l’on distingue encore assez bien la forme des manches, en deux parties, étroites sur l’avant bras et bouffantes à l’épaule, une forme de manche que l’on trouve en cette fin du  XVIIIe siècle  jusqu’à  l’Empire,   la forme du dos et des devants sont sujettes à toutes les interprétations.  Dans la vidéo  d’un défilé de costumes traditionnels pour les   36 ans de l’Estrambord, il est présenté  une reconstitution vers 1810***. Je n’ai pas été convaincue par la coupe  qui en était donné.  Si le droulet arlésien s’est effectivement inspiré de l’habit masculin, il est juste de penser que le droulet marseillais  a fait de même et a adopté la  coupe de l’habit  à cette même période.  Ceci expliquerait grandement la raison de la présence des deux boutons hérités du justaucorps de la Régence et de l’habit à la Française tout au long de ses évolutions. Il est juste de penser que ces deux boutons sont là pour souligner deux plis plats  mis de par et d’autre de la fente dos. De même son homologue arlésien contemporain, le droulet marseillais se devrait être un vêtement dégagé sur le devant, ne prenant que les dessous de bras, pour mettre en évidence les hauts de robe à fermetures à rideaux  et les fichus.

 

 


Défilé de costumes provençaux

 


Au sujet des boutons, j’ai eu une discussion  avec une dame de mes connaissances à Marseille qui me disait qu’ils ne pouvaient être là que par esprit de coquetterie.  J’admets qu’elle n’a pas tord. Quelle plus belle coquetterie en effet  que de s’approprier de ces accessoires parfois très  luxueux réservés à l’apanage  du costume  masculin ! A peine  en trouvait-on sur les tenues de chasse et d’équitation  des riches élégantes ou sur des compères de robes à la Française quand en vint la mode après 1760 influencés par les devants  boutonnés des mantuas, ou robes à l’anglaise, dont le modèle à été introduit en France par les illustrations de Hubert-François Gravelot.  Avec l’anglomanie, le bouton devient roi et d’autant plus que les femmes revêtent volontiers les redingotes jusque là portées exclusivement par les messieurs. Ce qui est étonnant, à vouloir porter des coupes et des vêtements «fonctionnels » on pourrait presque dire qu’il y a là comme une volonté de vouloir s’échapper d’un carcan vestimentaire à une époque ou le costume féminin se ferme bien souvent avec des laçages et à grand renfort d’épingles. Quelle liberté en effet  que le boutonnage sur le devant des robes ?   La «masculinisation »  du costume féminin ne serait-elle pas comme des prémices à  l’émancipation, à  la libération du corps avant même l’adoption des modes néoclassique qui gomme, il faut bien le dire, toutes  les traces de la féminité, hanches et taille. Si tel était le cas, il y aurait bien de la vanité  à porter   des accessoires et des vêtements de coupe masculine. Il n’aura fallu qu’un changement de mentalités, un retour à la nature et la Révolution pour permettre cet état de fait.

Donc, dans l’idée que l’origine du droulet ne pouvait être que masculine,  pour la réalisation de la toile du droulet marseillais sur mannequin, je me suis appuyer sur la forme du dos de l’habit à la fin du XVIIIe-début du XIXe  siècle avec  un devant dégagé comme sur le droulet arlésien. Dans mon esprit, le droulet ne peut être qu'un  vêtement dégagé. Le corps est constitué de 4 pièces, les 2 devants et les 2 parties du dos. Les manches ont été relevées d’après un patron de robe vers 1790.  Coupées dans le biais du tissu, elles sont  ajustées,  très longues et recouvrent les mains en s’évasant en entonnoir jusqu’aux premières articulations, les poignets soulignés d’un ruban de velours.  Je remercie mon contact pour ce petit détail. Ce que je prenais pour un repli du tissu sur la lithographie, après agrandissement, j'ai pu constater qu'il y avait effectivement un  ruban ou un galon. Je l'ai choisi ton sur ton  avec mon ottoman de soie, le tissu  de dessus dans l’esprit des anciens gros de Tours. Les basques et les devants sont doublés d’une « perse », le dos et les manches dans un tissu à carreaux, genre rouenneries.

 

Je ne sais si mon interprétation est la bonne. J’ose espérer qu’elle sera seulement crédible.  J’ai essayé de faire de mon mieux à partir d’un petite photo  puisée dans le livre  « Les Belles de Mai ».

 

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Photos du Pique-nique Regency par Annie Seychat

 

Sur le site du Ministère des Modes

 

 

 

* Le Regency, terme anglais, couvre la fin du XVIIIe siècle jusqu’à 1820.

 

**Signée Lecomte, cette lithographie serait-elle due au peintre et illustrateur,  Hippolyte Lecomte,  1791- 1857 ?

 

*** Michel Biehn dans son livre "En jupon piqué et robe d'indienne" date la lithographie  vers 1819/20.  Les manches  correspondant au style Troubadour annoncent les prémices du Romantisme.

 

 

Sources :

 

Histoire du costume d'Arles - Les formes sous l'Ancien Régime - Odile et Magali Pascal

Histoire du costume d'Arles - Tome II  1790-1810 - Néo-classicisme et Romantisme - Odile et  Magali Pascal

Façon Arlésienne - Etoffes et Costumes au XVIIIe siècle - Museon Arlaten

L'arlésienne et la Mode Parisienne  du XVIIIe à nos jours - Michèle Gil

Les Belles de Mai - Deux siècles de Mode  à Marseille  - Collections textiles du Musée du Vieux-Marseille  ( XVIIIe - XIXe siècles)

En jupon piqué et robe d'indienne - Michel Biehn

Costumes de château - Le vêtement d'apparat et le vêtement domestique en Provence du XVIIIe au XXe siècle - Edition Rouge et jaune

 

Histoire du costume en Occident de l'Antiquité à nos jours - François Boucher

La mode - Art, histoire et société - Grazieta Butazi

Histoire de la mode et du costume - James Laver

Histoire de la mode - Bronwyn Cosgrave

Se vêtir au XVIIIe siècle - Madeleine Delpierre

Le costume  - Tome III - Epoques Louis XIV et Louis XV - Jacques Ruppert

Le costume - Tome IV - Epoques Louis XVI et Directoire - Jacques Ruppert

Histoire du Costume de l'Antiquité  à 1914 - Tome IX - Epoques Louis XIV de 1643 à 1678 - Maurice Leloir

Histoire du Costume de l'Antiquité à 1914 - Tome X - Epoque Louis XIV de 1678 à 1715, Epoque Régence de 1715 à 1725 - Maurice Leloir

Histoire du Costume de l'Antiquité à  1914 - Tome XI -  Epoque Louis XV de 1725 à 1774 - Maurice Leloir

Histoire du Costume de l'Antiquité à 1914 - Tome XII - Epoque Louis XVI et Révolution de 1775  à 1795 - Maurice Leloir

 

A History of costume - Carl Köhler

The Cut of Men's Clothes 1600-1900 - Nora Waugh

Historical Fashion in détail - The 17th and 18th Centuries - Avril Hart and Susan North

 

 

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Rédigé par L'atelier de Phine

Publié dans #XVIIIe siècle

Publié le 27 Juillet 2010

 

 

Dans le cadre des festivités du 150e anniversaire du rattachement du Comté du Nice à la  France, le Musée Masséna  présente jusqu'au 19 septembre prochain,  une exposition  consacrée à la mode féminine sous Napoléon III.

 

Parmi les collections présentées, il est à noter  le prêt de celles de  La Dame d'Atours et  de Le Paon de soie.  Magnifique !

 

Si vous avez du temps, n'hésitez pas à y faire un petit tour.

 

Quelques photos  sur la page Facebook du Musée.

 

Ainsi qu'une vidéo.

 

Et le dossier de presse sous format pdf.

 

               promenade-des-anglais-au-19e

La promenade des Anglais  au temps des crinolines

 

  Avec le rattachement à la France  alors en pleine expansion industrielle,  le Comté de Nice  gagna un essort économique  considérable et devint la destination priviligiée  des grandes fortunes européennes.

 

 En 1862, l'ancien carmin dei  anglès devint l'objet d'importants travaux d'embellisements. Elargi de 12 m en prenant sur la plage, il atteignit ainsi  27 m  en largeur sur 2 km. L'éclairage au gaz fit son apparition ainsi que les premières plantations  de tamaris, lauriers roses et palmiers. Le  promenade devint le lieu à la mode des sorties dominicales, l'endroit idéal  pour y  admirer les élégantes  dans leurs plus belles toilettes. 

 

  Il est à regretter que cet essort  se fit au détriment du sentiment identitaire des Niçois.

 

Quelques liens pour découvrir les costumes traditionnels :

 

- Costumes du pays niçois, Paul Canestrier, 1998, article n°80

- Gustave-Adolphe Mossa  et la renaissance du costume niçois, Jean-Paul Potron, 1998, article 250

- Le costume de la Haute-Roya au XIXe siècle, Marc Ortolani, 1998, article n°232

- Le costume niçois (causerie), Joseph Giordan, 1979, article n°83

- Millin et le costume niçois,  Léo Imbert, 1939, article n°502

- Notes sur le costume féminin de Saint-martin-Vésubie, Cyril Isnard, 1998, article n°176

- Quelques remarques sur le costume porté dans l'ancien Comté de Nice, G-A Mossa, 1998, article n°220

- Le costume niçois, Musée Masséna, pdf

- La vie quotidienne niçoise au XIXe siècle, Musée Masséna, pdf

- Costumes niçois, Dominique Veux-Rocca, 2007 (extrait )

 

                                             costume niçois B

 

                                               Un siècle de costumes à Nice

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par L'atelier de Phine

Publié dans #Mode parisienne

Publié le 16 Juillet 2010

 

  Digne-les-Bains,  ma ville de naissance,  capitale de la lavande, préfecture des Alpes de Haute-Provence,   n'a pas toujours été connue que pour son thermalisme. Dans le courant du XIXe siècle,  sous l'impulsion et la créativité d'Antoine Colomb, elle a acquis une renommée grâce à ses bijoux réalisés à partir d'un matériau abondant sur les pentes de la colline de Saint-Vincent, les pentacrines,  plus connus sous la jolie appellation "d'étoiles de Saint-Vincent". 

 

  Les pentacrines, qu'es aço ?

 

  Il s'agit d'un animal marin fossilisé datant du jurassique inférieur,  un Crinoïde ( du grec krinon,  lis et eidos, forme ) de la classe des Echinodermes comparable aujourd'hui à un oursin, son plus proche parent  avec les étoiles de mer.  De par sa forme assimilable à une plante, son nom commun est  le  "lys de mer".   Les sites fossilifères se trouvent un peu partout en France ( Ardèche, vignobles des vins doux du Jura, en Lorraine avec  les grottes de Pierre-la-Treiche, Charentes, en Isère avec l'Isle-Crémieux..... ) et dans le monde ( Maroc, littoral anglais vers Folkestone..... ) enfin, là où il y avait  la mer au moment de la division de la Pangée.

 

                                              421px-Haeckel Crinoidea

 

 Les pentacrines dignoises ( pentacrine au singulier, est du genre masculin ! )  se présentent sous  forme de pierres noires  étoilées  à cinq angles saillants,  les surfaces comme gravées :

 

- Les troques, quand elles sont séparées des unes des autres, 

- Les entroques, quand elles sont  attachées entre elle.

 

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 Pierre Gassendi, le  mathématicien, philosophe, astronome  et théologien célèbre, enfant du pays, les décrits  ainsi dans le courant du XVIIe siècle :

 

   Tel est le cas de (ces pierres) souvent de couleur foncée - si bien que les autres pierres aussi sont nommées Astéries comme la pierre étoilée - qui se distinguent selon les incisions particulières qui ont l'aspect d'étoiles pentagoniques, dont les cinq sommets se recoupent selon des demi-cercles vers le centre. Et si les étoiles ne sont pas séparées, elles ressemblent à des colonettes cannelées - les interstices des angles pouvant ne pas être complètement bouchées mais légèrement  creusés.......

 

                                               PierreGassendi

 Pierre Gassendi  ( Digne, 1592 - Paris, 1655 )

 

  Quant au botaniste, Simon Jude Honnorat, dans son Dictionnaire de la langue d'Oc ancienne et moderne, voici la définition qu'il en donne au XIXe siècle.

 

Piera se Sant Vincèns :  s.f. Nom qu'on donne à Digne aux débris fossiles des encrines qu'on a tour à tour nommées astroïtes, étoiles de mer pétrifiées, pentacrines, etc ....

 

 

  Connues donc depuis très longtemps, elles étaient employées pour se protéger des maléfices et des envoûtements. Les bergers les utilisaient comme talismans placés  dans les murs où les toits des bergeries,  contre la foudre.  Cet aspect des choses s'explique par la forme elle-même :  celle d'un pentagramme.   L'étoile flamboyante ou de vie symbolise la perfection.  Le noir  qui unit toutes les couleurs, joue  également de son importance : dans la liturgie,  il  est le symbole de  la survie et de l'éternité.

 

  C'est avec les magnifiques créations d'Antoine Colomb de 1850 à 1906, à l'enseigne L'étoile des Alpes, que les étoiles de Saint-Vincent se firent vraiment remarquées et devinrent le symbole de Digne. Surnommé le "Benvenuto Cellini dignois"  il obtint  plusieurs distinctions  pour son travail allant jusqu'à des commandes spéciales pour la République :

 

- Médaille de vermeil au concours Industrie de l'Exposition Universelle de 1855,

- Médaille de 1re classe au concours des Beaux-Arts de Digne en 1861,  

- Concours du Mât de Cocagne en 1875.

 

  Les touristes de passage et les colporteurs contribuèrent grandement  à faire connaître  ces bijoux identitaires, colliers,  croix, pendentifs, boucles d'oreilles, broches dont les célèbres " Comètes", boutons de col,  de manchettes, bagues, châtelaines, épingles à rubans,   à chapeaux,  de cravates,  peignes à chignons, bijoux de pèlerinages. Ils furent de tous les évènements de la vie. Montés principalement sur argent, on en trouve néanoins  à monture d'or, mais c'est plus rare.

 

                                              

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  Les étoiles et par  conséquent les bijoux, eurent un tel succès qu'il ne fût  jusqu'à Paul Arène qui  ne les ait   mises en poème dédié à l'amour malheureux de sa vie, Anaïs Roumieux, la fille du félibre Louis Roumieux.  Il est dommage qu'elles ne lui aient  pas plus porté chance : il ne se maria jamais.  Le père de "Jean des Figues" n'a pas été protégé du mauvais oeil !  Il nous a laissé cependant ce beau poème dans l'Armana Prouvençau de 1873 que je vous laisse découvrir. 

 

 

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 Paul Arène ( Sisteron, 1843 - Antibes, 1896 )

 

( Ma connaissance du provençal étant ce qu'elle est, soyez indulgent avec la traduction, elle n'est là que pour  la compréhension  ! )

 

LIS ESTELLO NEGRO

A Madamisello Anaïs, en ie mandant uno crous facho de peireto en forme d’estello que l’on trovo sus lou coulet de Sant-Vincèn.

I

Vès-l’aqui, l’estello moureto.                     La voici, l’étoile  noiraude.
Ah ! pecaire ! que fre qu’avié,                    Ah ! peuchère !  qu'elle grelottait,
Au bèu mitan di candeloto,                        Au beau milieu des stalactites ,
Dins la frediero de nevié !                           Dans la froidure du manteau neigeux !

Tenès, ves-l’aqui ! l’ai trouvado,               Tenez, la voici ! je l’ai trouvée,
Un jour de ceù clar e de fre                          Un jour de ciel clair et de froid
Q’une ivernenco souleïado                         Qu’un pâle soleil d'hiver
Fondié lou glas sus lis adré.                         Fondait la glace sur les adrets.

Èro coume uno lagramuso,                           Elle était comme un lézard,
Bevènt li rai e fernissènt ;                             Buvant le rayon et frémissant ;
La cuière, jalado e nuso,                               Je la cueillis nue et gelée,
Long dóu coulet de Sant-Vicèn.                 Sur la colline de Saint-Vincent.

Avié per lie le roco duro…                          Elle avait pour lit le rocher dur…
Dirias pas, emé si cinq rai                             Ne dirions nous pas, avec ses cinq rayons
E si menùdi gravaduro,                                 Et ses menues gravures
Qu’es une estello pèr verai ?                        Qu’elle est une étoile  pour de vrai ?

Lou fum dis uiau la  mascaro.                      Noircie de la fumée des éclairs.
D’unte es toumbado ? res lou sa ;               D’où est-elle tombée ? Personne ne le sait ;
Mai sabé  ieu, qu’es negro encaro               Mais je sais  moi, qu’elle est noire encore
Di fio d’Amour qu’a traverssa !                   Des feux d’Amour qu’elle a traversés !

Li bouscatiero e li pastre                               Les bûcheronnes et les bergers
De-fes acampon pèr lou sòu                         En ramassent parfois par terre
D’aqueli pichot retra d’astre                         De ces petites représentations d’astres
Que s’en croupo cènt em’un sòu ;               Qui s’achètent cent pour un sou.

E, un jour de marcat, lou divèndre,              Et, un jour de marché, le vendredi,
Quand li porton i gros moussu                     Quand ils les portent aux Messieurs
E i sabènt de Digno, pèr vèndre,                   Et aux savants de Digne, pour les vendre,
Se fai d’istòri aqui-dessu.                               Chacun disserte à son sujet.

Se dis…. Mai iéu ame mies creire                 On raconte…. Mais moi j’aime mieux croire
Ço que creson lis escoulan                             Ce que croient les écoliers
E ço qu’ensignavon li rèire.                            Et ce qu’enseignent les anciens.


II

Parèis que, dempièi de milo an,                      Il paraît que, depuis mille ans,

Tóuti lis fes que, dessus terro,                         Toutes les fois que, sur terre,
Un parèu qu’Amour a crema                           Un couple qu’Amour a brûlé
S’atrovo n’èstre plus ço quèro,                        Se trouve n’être plus ce qu’il était,
E d’amour vai se desmana ;                              Et d’amour  va se sevrer ;

Tóuti li fes qu’une mestressso,                        Toutes les fois qu’une maîtresse,
Pèr meichantige, à soun lesi,                            Par  méchanceté, à ses loisirs,
Abèuro dóu vin d’amaresso                             Abreuve  du vin d’amertume
Soun calignaire amouroussi ;                           Son  amant énamouré ;    

E tóuti li fes, - acò’s pire,-                                  Et toutes les fois, - cela est pire,-
Qu’un jouvenome, orre pagan                          Qu’un jeune homme,  hideux païen
De son cor amosso lou cire                                Etouffe la flamme de son coeur
E pièi se chalo en renegant ;                              Et se complait dans sa trahison ;

Uno, alor, dis pùris estello                                  Une, alors,  de ces claires étoiles
Que s’en vèi lou cèu clavela                               Dont les pointe semblent cribler le ciel
De nèblo e de nièu s’enmantello                        D’un manteau de brouillard et de nuit s'enveloppe
E pren lou dòu, apereila.                                      Et  s'endeuille au fond du firmament.

Afrejòulido, malancòni,                                       Frileuse,  mélancolique,
Trantaianto, coulor de sang,                                Vacillante, couleur de sang,
L’estello claro intro en angòni,                           L’étoile claire entre en agonie,
E s’amosso, e vai cabussant                                  Et s’éteint, et va s'écroulant

Au travès dis Astre et di Mounde !…                A travers des Astres et des Mondes ! …
Turtant de pople de souléu                                  Heurtant des peuples du soleil
Fau que long-tems bounde e rebounde ;           Il lui faut longtemps bondir et rebondir
Pièi s’aclapo dins nòsti nèu.                                Avant de choir dans notre neige.

E n’i ’a coume açò de mountagno.                     Et il n’y a ainsi des montagnes.
Qu’amoulounado trouvaren :                             Qu’amoncellements  vous trouverez :
Serre d’amour, coumbo de lagno,                       Cimes d’amour, vallées de douleurs,
Que de li vèire fai segren.                                    Que de les voir nous brise l'âme.

 III    

Vès l’aqui, l’estello moureto.                               La voici, l’étoile  noiraude.
Ah ! pecaire, que fre qu’avié,                               Ah ! peuchère !  qu'elle grelottait
Au bèu mitan di candeleto,                                  Au beau milieu des stalactites,
Dins la frudièro di  nevié !                                    Dans la froidure du manteau neigeux !

Estello que lou cèu ie manco,                              Etoile que lui ciel lui manque,
Coulomb*, emé soun gàubi gènt,                       Colomb*, avec  son adresse parfaite
En memòri de la nèu blanco,                                En mémoire de la neige blanche,
L’a ’ncadrado d’un fiéu d’argent ;                       L’a encadrée d’un fil d’argent ;

E se Naïs la voù rejougne,                                     Et si Naïs la veut serrer,
Pauro estello sènso belu,                                        Pauvre étoile sans étincelle,
Dins li riban de soun jougne,                                Dans le ruban de son corsage,
Regretara pas soun cèu blu !                                 Elle ne regrettera pas son ciel bleu !

 

 

Pau Areno

Digno, en Nouvèmbre 1871

*Orfabre de Sisteroun

 

 

N.B : Paul Arène fait d'Antoine Colomb un orfèvre de Sisteron. Antoine Colomb  est bien de Digne où il est né le 13 juin 1826, rue de la Mairie. Il était lui-même fils d'un bijoutier. Il fût  envoyé à Paris pendant 4 ans où il apprit la joaillerie dans l'atelier de Froment-Meurice.

 

  Aujourd'hui, les pentacrines font la joie des collectionneurs.  De source sûre , il n'y aurait guère que Sybel Créations à Saint-Rémy de Provence  qui  reproduit encore ces bijoux  régionaux.  Il y a deux ans, c'est à cette enseigne que je me suis  adressée pour une paire de dormeuses.

 

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  A Digne, il semblerait  par ouï-dire que seule la Bijouterie Commeiras soit héritère de ce savoir-faire. Mais je n'en suis moins sûre !

 

  Quoi qu'il en soit, s'il vous prenait l'envie d'aller en ramasser, sachez que le site est protégé par la Réserve Géologique de Haute-Provence depuis 1984. Hormis celles mises à jour par l'érosion  qu'on ne vous y prenne pas à gratter dans la gangue. Vous pourriez à le payer très cher !

 

  Pour en savoir plus sur les bijoux d'étoiles, je vous conseille le très beau livre de Viviane Hervois

 

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  De ces  bijoux, accessoires du costumes qu'ils ne pourraient en  être dissociés,  il en est parlé également  dans le livre suivant :

 

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  Le livre de Viviane Hervois  est à mes yeux la référence absolue traitant de ce sujet. Il est la source principale de cet article.

   

  Les deux titres présentent aussi, le poème  de Paul Arène dans des traductions similaires. Cela me réjouit et me conforte dans l'idée que la mienne n'est pas des plus mauvaises.   Si j'avais été plus attentive, cela m'aurait évitée de le rechercher sur le net et le travail de traduction qui, il va s'en dire n'a pas été un mauvais excercice en soi !  Et puis, je sais  désormais, dans quel Armana Prouvençau, il se trouve.   Autant dire, que cela a été comparable à rechercher une aiguille dans une meule de foin !

 

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Rédigé par L'atelier de Phine

Publié dans #Provence

Publié le 13 Juillet 2010

 

Bonjour à tous chers amis lecteurs.

 

Bien voilà, je me lance enfin à créer mon propre blog. Cela faisait déjà un certain temps que j'y pensais, à vrai dire au moins 2 ans ! Je suis un peu lente à la détente.  Non, plus sérieusement, j'avais quelques hésitations, le souci  majeur étant principalement de vous offrir  des articles intéressants.

 

De quoi parlerais-je ici ?  Mais de mon univers,  comme de bien entendu ! ( sic Arletty dans Circonstances atténuantes, en 1939 ).  De la réalisation de mes costumes traditionnels de la Provence, dont je suis originaire, et de  mes costumes historiques. J'aborderais les arts du textile,  de la Mode et des traditions quand cela sera nécessaire à la compréhension. Je souhaite ce blog comme  une vieille armoire que l'on ouvrirait sur ses trésors.  Les fanfreluches, rubans et dentelles ne sont pas aussi futiles qu'on pourrait le croire !

 

Bienvenue à vous dans le secret de mon atelier.

 

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La couturière

 

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La repasseuse

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Publié dans #Divers